Vous pouvez lire vos mails à un bureau ordinaire en semaine, mais vous pourriez tout aussi bien le faire à l’emblématique bureau Arne Vodder sur lequel l’ancien échevin Jan Devroe dessinait dans les années 80 et 90 de grands projets pour le port d’Anvers – tout est une question de perspective...
Les amateurs de design qui partagent cette vision se régalent chez Immodôme Objects. Car là où il devient de plus en plus difficile de dénicher du design unique, Immodôme est justement à la source de nombreux trésors cachés.
« L’idée est née de manière organique à partir d’une demande de nos vendeurs », explique la cofondatrice Isabel De Laet. « Nos clients possèdent des pépites chez eux, mais ne savent souvent pas quoi en faire lors d’une vente. On se retrouve alors dans des situations où les gens déménagent dans un logement plus petit ou évoluent, par exemple, d’une maison Art déco vers un habitat moderniste. Cela implique un nouvel intérieur, mais qu’en faire de leurs meubles existants ?
La passion pour l’esthétique et les beaux objets traverse tout notre portefeuille clients, c’est pourquoi nous avons décidé de faire le lien entre acheteurs et vendeurs. C’est ainsi qu’Immodôme Objects est né il y a un an. »
L’architecte Tina Ruts veille à la curation des pièces en question. Elle sélectionne toujours en gardant trois piliers à l’esprit : le design, l’esthétique et la valeur historique. « Grâce à cette sélection rigoureuse, nous pouvons proposer la plupart des pièces dans l’état où nous les trouvons, avec leur patine d’origine. Lorsque cela est nécessaire, nous leur apportons un soin ou une restauration supplémentaires afin de les présenter dans leur état original, au mieux possible. »
Certains meubles ont déjà près d’un siècle, comme les Tulip Chairs qui ornaient autrefois le hall de l’hôtel français Melandre. D’autres, comme le canapé Marenco, sont encore en production. Et certains sont signés par des designers contemporains. Par exemple, une table unique, sur mesure, créée par Ben Storms, un artiste belge actuellement en pleine ascension.
De grands noms comme Eero Saarinen, Le Corbusier, Claire Bataille et Eileen Gray alternent avec des créations anonymes, mais chaque pièce raconte une histoire tout aussi belle. « Nous ne sommes pas des revendeurs de vintage, un meuble peut avoir cent ans ou ‘seulement’ cinq ans. Dans tous les cas, nous attachons beaucoup d’importance à la recherche de contexte. Chaque nouvel objet design sur la plateforme donne lieu à une nouvelle enquête sur son authenticité, son créateur original, son contexte et la manière idéale de le restaurer. Personnellement, je trouve passionnant de redécouvrir des noms et des histoires oubliés. Mais certains restent un mystère. Nous avons un magnifique design de Mim Roma, un studio de design important des années 70, mais nous ne savons pas avec quel designer ils ont collaboré pour cette création spécifique. »
Presque aussi importante que cette histoire, est la question de ce que le meuble a vécu. « Récemment, nous avons eu un bel exemple : un jeune journaliste avait racheté un bureau de Frans Defour », raconte Tina. « Après quelques recherches, il s’est avéré que cette même table avait autrefois appartenu à Guido Van Hoof, un journaliste emblématique du journal De Standaard, et qu’il avait, tout comme le nouveau propriétaire, vécu à Mortsel. En termes d’énergie, on ne peut pas imaginer meilleure correspondance !
Nous avons également un canapé Clair-Obscur unique en son genre, créé par Bataille et Ibens dans les années 90. La première fois que nous l’avons vu, nous avons eu un flashback... car ce même objet apparaît dans un ancien reportage en noir et blanc sur un appartement à Knokke, dans l’un de nos livres d’architecture.
Deux meubles de Maarten Van Severen — un bureau ingénieux et un caisson à tiroirs — ont trouvé leur place chez un véritable collectionneur. Cela génère une belle énergie et crée beaucoup de positivité. »
Les objets et leur contexte sont largement décrits sur le site web. Ils sont soit rachetés, soit Immodôme prend une commission sur la vente. Depuis le lancement du projet, de nombreux particuliers proposent spontanément leur mobilier : l’enthousiasme pour des pièces uniques et l’envie de leur offrir une seconde vie n’ont jamais été aussi forts !
« La passion du design est une pierre angulaire de la philosophie d’Immodôme, que ce soit pour les bâtiments ou les meubles », poursuit Isabel. « Certains conseilleraient de démolir une maison des années 60 de Renaat Braem pour faire place à une nouvelle construction, alors que nous voyons justement sa valeur architecturale. Un tel bâtiment doit être rénové avec la bonne approche. Il en va de même pour l’aménagement intérieur : on peut remplir une maison de meubles neufs, mais on peut tout aussi bien utiliser des meubles design d’occasion. Une nouvelle génération de propriétaires ne trouve plus acceptable l’idée des meubles jetables, et préfère des pièces preloved qui donnent une âme à leur intérieur. »
La durabilité est un dénominateur commun, remarque aussi Tina : « Nous pouvons tirer des leçons du passé. Certains objets ont soixante ans et ont l’air quasiment neufs. Récemment, nous avons récupéré un fauteuil Mario Bellini, avec un kit d’entretien complet, précisant exactement le type de cuir et comment le nettoyer. Il est frappant de voir que depuis le lancement d’Objects, nos propres agents immobiliers et acheteurs regardent le design avec encore plus d’attention. Lors d’un nouvel aménagement, ils mettent vraiment en valeur un meuble, sans encombrer l’espace avec des objets inutiles ou décoratifs. »
Bien sûr, les goûts diffèrent aussi en matière de design. « You hate it or you love it », conclut Isabel, « mais en aucun cas ce n’est ennuyeux. » C’est justement ça le design : il lance des conversations et aide, encore et encore, à écrire une nouvelle histoire. Peut-être que la véritable beauté réside tout simplement dans ce qui reste gravé ?
Texte par : Isabel Vander Heyde